Multiplicités de multiplicités...

Multiplicités de multiplicités...
Le sujet de cet article, je n'en ai pas encore une idée précise. Pour l'heure il s'agit d'un texte bâtard, au contenu hybride et pas clairement défini. Peut-être s'agit-il d'un texte sur la vérité, ou sur la dynamique de l'histoire, des diachronies et synchronies, ou bien du rapport qu'entretiennent tous les éléments que je viens d'évoquer. En fait je voudrais parler de la nécessité de l'anthropologie dans notre monde (enfin d'autres choses aussi mais bon...). L'anthropologie est une discipline fort intéressante car on y découvre d'autres civilisations très différentes de la nôtre. Je dis bien différente et pas en retard. Différente dans le sens où elles ont pris un autre chemin que le nôtre. Nous comparer à ces sociétés ne doit pas nous amener à juger leurs valeurs (encore que...et là c'est tout un débat...) mais simplement à montrer la multiplicité de l'homme. Il n'y a pas d'essence de l'homme car par essence on fait de l'homme une entité universelle et homogène. A la limite on pourrait dire qu'il y a des essences mais nous resterions encore dans une vision où l'homme aurait presque des prédispositions. A titre d'exemple, ça me rappelle une des plus belles conneries de Marx : « Le travail est l'essence de l'homme ». Comme si en chacun de nous, nous possédions une sorte de penchant et d'aptitude au travail, et que c'est dans celui-ci que l'Homme s'accomplirait, ô bienfaits de l'éternel tout puissant. Justement des travaux d'anthropologues comme ceux de Marshall Sahlins, nous montrent que dans certaines sociétés le travail est une activité peu prisée, et que le temps consacré varie de 4 à 8h par semaine (si mes souvenirs sont bons...). La pensée de Marx s'en trouve, d'un coup, considérablement affaiblie.

En fait je sais de quoi je veux parler. Ce texte est écrit en temps réel, et il s'est passé quelques heures entre le paragraphe précédent et celui-ci. C'est durant ces quelques heures que j'ai pu expliciter ce qui va suivre. En fait ce dont je vais parler c'est tout simplement des disciplines, méthodes et outils dont je souhaite me servir lors de mes prochaines recherches dans mes études, et expliquer l'enjeu et l'intérêt de ce choix. J'ai donc parlé de l'anthropologie, maintenant je voudrais parler de l'histoire. L'anthropologie a pour fonction de remettre en question la supposée destinée universelle de l'humanité. L'histoire, elle, me semble particulièrement intéressante dans le sens où celle-ci nous permet également de rompre avec une vision figée de l'homme. Ici il y a bien entendu chez moi un profond héritage de toute la pensée de Foucault. Au fond ce qu'a entrepris Foucault durant toute sa vie à travers des études historiques, c'était une manière de replacer l'homme dans une dynamique active de l'évolution. L'histoire ne suit pas une ligne directrice, avec un sens pré-défini, des stades par lesquels on devrait nécessairement passer. Non, l'histoire est une succession de ruptures, d'à-coups. L'intempestif et l'irrégularité. Il n'y a pas de causes en soi mais simplement des choses qui en conditionnent d'autres. Mais je m'éloigne un peu. L'histoire est surtout intéressante car à l'instar de l'anthropologie, elle montre, du moins dans la vision que j'en ai comme écrite ci-dessus, que l'homme ou certaines sphères de la vie sociale ont été problématisés de façon différente selon les époques. Je prends un exemple dont j'aimerais plus tard parler dans mes futures recherches : l'alcoolisme. L'alcoolisme a-t-il toujours été une maladie ? Autrement dit, a-t-on de tout temps guéri ce qu'on a appelé l'alcoolisme ? Le simple fait de poser la question nous permet de dire que non, l'alcoolisme n'a pas toujours été une maladie. Comment avons-nous décidé de médicaliser une pratique supposée excessive ? Le mot alcoolisme a à peine 50 ans... Pourquoi a-t-il été crée à ce moment ? Il faut analyser les conditions d'émergence d'une telle médicalisation. Quand Foucault analyse les conditions d'émergence de la généralisation de la prison comme peine, son véritable souhait est de montrer que l'institution pénale n'est qu'un moment dans l'histoire et que nous ne devons pas considérer celle-ci comme naturelle. Or aujourd'hui il est pour tout le monde évident que cette institution est la plus juste. Mais il était également tout à fait naturel au Moyen-Age de torturer et tuer des gens sur la place publique. Aujourd'hui, de notre point de vue, nous trouvons cela archaïque. Mais qu'est-ce qui nous dit que dans 500 ans des gens n'auront pas le même regard sur nous, comme celui que nous avions sur les méthodes du Moyen-Age ? A travers l'histoire il s'agit donc de réinscrire l'homme dans une dynamique, dans un champ d'historicité.

Au fond l'histoire et l'anthropologie seraient l'abscisse et l'ordonnée d'une fonction qui nous aiderait à repositionner l'homme dans le mouvement. Non pas tomber dans un relativisme ambiant mais décentrer le sujet, pour le faire éclater. Affirmer qu'il y a « des » centres autour desquels des histoires se développent plutôt qu'un seul. Il faut donc cesser de rechercher le fondement d'un savoir absolu tentée par le néocriticisme ou le positivisme. La connaissance scientifique a elle aussi une histoire. La révolution copernicienne selon laquelle le soleil est au centre de l'univers et non la Terre tient à peu de choses. Copernic après avoir lu un livre de Platon s'aperçoit qu'il fait de Dieu le centre de toutes choses. L'astrophysicien fit alors le rapprochement entre Dieu et le soleil, et affirma donc que l'univers dans lequel nous vivions était héliocentrique. Imaginez si Copernic n'avait jamais lu ça... C'est comme j'aime bien tous ces scientifiques qui sont persuadés de ce qu'ils avancent mais au fond qu'est-ce qui nous dit qu'une révolution scientifique n'aura pas lieu dans quelques décennies ? Vous voyez où je veux en venir quand je dis que l'histoire nous permettrait de replacer l'homme dans une position active. Les outils de la connaissance seront perpétuellement infaillibles. Il ne peut y avoir que des principes régulateurs ou de conditionnement. Tout cela débouche nécessairement sur un vitalisme, une puissance de vie telle que Nietzsche l'avait écrit. La pensée ne pouvant se donner la tâche d'identifier des principes absolus ni même des formes a priori qui se trouveraient sur un autre plan (un plan d'immanence comme l'avait d'écrit Deleuze) que celui de l'expérience et la fonderaient, elle ne peut qu'explorer ce flux dans lequel tous les principes s'écoulent et se dissolvent, se composent et se décomposent, autrement dit la vie. «L'immanence : une vie ». C'était le titre du dernier texte de Deleuze. Vive les multiplicités !


Morceau du jour : Ayo - Down on my knees (découvert à force de mater la nocturne de M6 music très tard le soir...)
# Posté le jeudi 14 septembre 2006 16:58
Modifié le lundi 23 juillet 2007 16:21

Le sexe roi sera déchu...

Le sexe roi sera déchu...
« Craignons le socialisme à visage sexuel » disait Michel Foucault il y a 30 ans. Voilà, ça y est, j'y viens. Un texte sur le sexe, la sexualité dans le monde occidental. Cela faisait longtemps que ça me torturait l'esprit. Et aujourd'hui il s'est imposé à moi comme une évidence. Sortant de la projection de Paris je t'aime (film très inégal par ailleurs) où il est question d'amour de long en large et en travers (overdose...), je décide de rentrer chez moi. Dans la rue les femmes sont belles, trop parfois. En attendant le bus, je remarque une jolie fille, 30 ans environs, accompagnée de son mec (très laid bien sûr...). Je l'observe alors en détails m'attardant quelques instants sur sa plastique irréprochable. Aussitôt je me tourne une seconde fois pour me rincer à nouveau la rétine, et là elle me fixe. Elle et son mec passent finalement devant moi. Arrivée à mon niveau elle me regarde encore une fois avec un regard loin de laisser insensible quiconque (incendie dans le caleçon !). Puis passée son chemin, quelques pas plus loin, elle se retourne une dernière fois pour me regarder... Bref, un truc de fou. Surtout que deux minutes plus tard, une vieille me dérangeait pour savoir où se trouvait la rue des Tourneurs... Super hein ?! (Non sans plomb...ahaha...allez encore un petit effort et l'Olympia est à moi...)

Passons sur les origines qui m'ont poussé à poser ces mots sur le papier (enfin sur Word quoi...). J'ai fait pas mal de recherches, relu une bonne partie des écrits de Michel Foucault, mais quoi qu'il en soit ce texte reste encore à l'état d'ébauche. Je vais ici évoquer les questions relatives à la misère sexuelle qui frappe notre époque, la place de la sexualité dans notre société, et les possibles issues qu'il peut y avoir par rapport à tout cela. Autant dire qu'il y a du boulot !

Premièrement nous allons faire un bref retour sur les hypothèses de Michel Foucault s'agissant de la sexualité. Les théories de Foucault ont fait sensation puisqu'elles remettaient en cause la supposée répression qui aurait caractérisé la sexualité durant les siècles derniers. Au contraire pour Foucault il y a eu une véritable profusion et incitation. L'Occident n'a cessé de dire : « Pour savoir qui tu es, sache ce qu'il en est de ton sexe. » La confession, l'examen de conscience, toute une insistance sur les secrets et l'importance de la chair n'ont pas été seulement un moyen d'interdire le sexe, c'était aussi une manière de placer la sexualité au c½ur de l'existence. Le sexe dans les sociétés chrétiennes était une chose qu'il fallait examiner, surveiller, transformer en discours. Songeons à l'obligation de l'aveu et à tous les plaisirs ambigus qui, à la fois le troublent et le rendent désirables : éducation, rapports entre parents et enfants, médecins et malades, psychiatres et hystériques, psychanalystes et patients. L'Occident fait parler le sexe dans un bavardage intarissable. « Nous sommes dans une société du sexe qui parle » disait Foucault en 1976. Autrement dit, le sexe on en parle beaucoup mais sa libération reste purement illusoire puisque dans les faits la donne n'est pas la même.

J'en viens donc à la misère sexuelle qui aujourd'hui fait partie d'un des maux les plus courants évoqués dans les journaux, émissions de télés, livres, etc. Le sexe étant devenu l'épicentre de notre société, la misère sexuelle en est devenue un corollaire inévitable aujourd'hui. Il y a un cas particulier qui peut nous aider à comprendre un tel processus. Il s'agit de la campagne d'interdiction de masturbation des enfants à la fin du XVIIIème siècle. J'avais déjà évoqué ce point dans le précédent article sur le sexe et ses pathologies. A propos de l'interdiction de la masturbation, Foucault indiquait qu'il ne s'agissait pas d'une volonté de briser une libido pour la consacrer au travail mais plutôt d'une réorganisation des rapports entre enfants et adultes, parents, éducateurs, institutions éducatives, les instances d'hygiènes publiques, c'était l'enfance comme pépinière pour les population à venir. Au carrefour du corps et de l'âme, de la santé et de la morale, de l'éducation et du dressage, le sexe des enfants est devenu à la fois une cible et un instrument de pouvoir. Avec la psychanalyse et Freud affirmant que tout est sexuel chez l'enfant, on finit d'achever ce qui avait été précédemment entrepris. Dire que la vie des enfants est une vie sexuelle, est-ce bien libérateur ? Cela n'enferme-t-il pas plutôt l'enfant dans une insularité sexuelle ? Et s'ils s'en foutaient complètement au fond ? S'il pouvait y avoir aux choses, aux gens, aux corps des rapports polymorphes, ne serait-ce pas cela l'enfance ? Ce polymorphisme, les adultes, pour se rassurer, l'appellent perversité, le colorant ainsi du camaïeu monotone de leur propre sexe.

Dès lors nous avons, durant toute l'histoire de l'Occident, l'homme qui va construire son identité sur le sexe. Cette réduction est aujourd'hui arrivée à son terme, le fruit pourri est tombé de l'arbre, et doit par conséquent repousser. Mais sur de nouvelles bases. Car au fond peut-être que le véritable mouvement de libération sexuelle - plutôt que de crier partout haut et fort qu'il faut du sexe partout et pour tout le monde - est de dire au contraire nous voulons autre chose que du sexe. Attention ne pas dire qu'il n'en faut plus, mais qu'il faudrait autre chose à côté. Le sexe, par sa sacralisation dans nos sociétés, est devenu une forme de luxe. Il doit, au contraire, devenir une sphère de la vie sociale égale et identique à une autre. Il doit être une forme de plaisir parmi tant d'autres. Il s'agit donc de fabriquer d'autres formes de plaisirs, de relations, de liaisons, d'amours, d'intensités, etc. Peut-être qu'ainsi une libération sera réellement effective. Combien d'autres relations peuvent exister ? Il faut pouvoir trouver leur code non pas dans des institutions, mais dans d'éventuels supports. Par exemple la vie de solitude du célibataire est souvent l'effet d'appauvrissement des possibilités relationnelles dans notre société, où justement les institutions rendent exsangues et nécessairement rares toutes les relations que l'on pourrait avoir (mais c'est la doctrine capitaliste qui par l'émergence de l'individualisme pousse probablement à cela...). Le sexe doit être relégué au même niveau que les autres formes de plaisir qu'il nous reste à créer. A égalité avec le reste, il sera redevenu non plus le socle commun de la vérité humaine mais une partie de nous seulement. A l'instar de Deleuze et Guattari il s'agit d'élaborer une sorte de rhizome connectant un point quelconque avec un autre, mettant en jeu différents régimes de signes, constitués de plateaux tels que Bateson les envisageait. L'Orient ? Une culture de tubercules procédant par fragmentation de l'individu. L'Occident ? Agriculture d'une lignée choisie avec beaucoup d'individus variables. Tout est dit. Même la sexualité n'est pas la même : les plantes à graines, même réunissant les deux sexes, soumettent la sexualité au modèle de reproduction. Le rhizome est une libération de la sexualité non seulement par rapport à la reproduction mais par rapport à la génitalité. Deleuze et Guattari écrivent dans Mille Plateaux : « Ce qui est en question avec le rhizome, c'est un rapport avec la sexualité, mais aussi avec l'animal, avec le végétal, avec le monde, avec la politique, avec le livre, avec les choses de la nature et de l'artifice, tout différent du rapport arborescent : toutes sortes de devenirs ». Une multiplicité de multiplicités dont le sexe ferait partie. Opération de démythification. Tout reste à faire.

Voilà je voulais faire court et j'ai fait long. Vous ne le savez peut-être pas encore mais vous venez de lire un texte d'une importance capitale et qui aura un impact de plus en plus grand dans les années (les siècles ?!) à venir ; ce texte sera certainement à l'origine d'une révolution intellectuelle majeure, alors tremblez... xD


PS : Je viens d'acheter il y a quelques jours le numéro d'été du Magazine Littéraire (superbe revue au passage...) dont le dossier est consacré au désir. A l'intérieur on trouve un texte de Patrice Maniglier sur la libération du désir après mai 68 (Freud, Reich, Marcuse, Deleuze et Foucault y sont évoqués pêle-mêle...). Je vous cite ici la fin du texte que je trouve très encourageante par rapport à ce que j'ai écrit en conclusion (comme quoi les grands esprits peuvent se rejoindre !)

Citation : "Plus d'exception sexuelle d'aucune sorte... Imaginez... Peut-être le Sens de l'Histoire ne passe-t-il pas nécessairement par là. Mais il ne fait guère de doute que de l'histoire en un sens se fabriquerait ici, c'est-à-dire du possible, de l'incertain, de l'avenir. La sexualité, en tout cas, redeviendrait ce qu'elle est : quelque chose à faire".


Morceau du jour : Ddamage & Tekilatex - Boys just wanna have fun (j'aime le côté neuneu nerd de la chanson...et puis cela reflète une petite partie de l'article)
# Posté le vendredi 30 juin 2006 04:03
Modifié le lundi 23 juillet 2007 16:28

Vieillesse et biopolitique

Vieillesse et biopolitique
Comme vous avez pu le constater, les beaux jours arrivent, le soleil brille de mille feux, les filles sont aussi belles les unes que les autres. Les mètres carrés de peaux visibles s'agrandissent proportionnellement au désir d'effleurer cet épiderme de douces et lascives caresses. Ceci dit, durant l'été, il y a également l'apparition d'une autre chose bien moins excitante mais qui fait pourtant l'objet d'énormes attentions : il s'agit du vieux. Oui le vieux devient un cas tout à fait singulier dès que les premières chaleurs estivales pointent le bout de leur nez. En effet depuis la canicule en 2003 le vieux (ne voyez surtout rien de péjoratif dans l'emploi de ce terme...) est soumis à une surveillance stricte, à une méticuleuse vigilance de la part des institutions afin de ne pas revivre l'hécatombe d'il y a 3 ans où l'on avait vu de nombreuses personnes âgées mourir des conséquences de chaleurs trop élevées.

Dès lors les étés suivants l'Etat met en ½uvre des plans anti-canicule. Les maisons de retraite doivent ainsi veiller sur « leurs clients », les faire boire, les rafraîchir, éviter qu'ils se désaltèrent, etc... Une véritable technologie gérontologique se met en place. Avant on avait plutôt le sentiment que les maisons de retraite étaient des endroits qui permettaient à des personnes de finir leur vie, de les accompagner jusqu'à leur mort. Aujourd'hui nous assistons à une sorte de renversement où il faudrait au contraire faire vivre le plus longtemps possible une personne. Autrement dit, la maison de retraite, qui jusqu'alors n'avait pas de critères de performance stricto sensu, se transforme peu à peu en une sorte d'entreprise privée obéissant à une idéologie libérale selon laquelle il faudrait faire du rendement. Bref, là n'est pas l'objet principal du texte. Le vieux qu'il soit ou non en maison de retraite demeure un spécimen à part entière. Quand ils vivent seuls et qu'ils ne désirent pas aller en maison de retraite, l'Etat leur met à disposition un service d'aide à domicile afin de pouvoir les surveiller. Il est quand même effarant de voir à quel point le pouvoir sur le vivant s'est accru avec une vigueur incomparable depuis le système de Beveridge mis en place en Grande-Bretagne après la Seconde Guerre Mondiale. Ce pouvoir sur le vivant, Michel Foucault en avait vu les prémices dès la fin du XVIIIème siècle. Il avait appelé ça la biopolitique. Par biopolitique Foucault désigne la manière dont le pouvoir se transforme entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème siècle, afin de gouverner non seulement les individus à travers un certain nombre de procédés disciplinaires, mais l'ensemble des vivants constitués en population : la biopolitique s'occupera donc de la gestion de la santé, de l'hygiène, de l'alimentation, de la sexualité, de la natalité, etc., dans la mesure où ceux-ci sont devenus des enjeux politiques.

La définition faite, on peut désormais constater avec une certaine forme d'effroi l'actualité des thèses de Foucault. Voyez ce qu'on a fait de la grippe aviaire avec ces nombreux plans de prévention ou encore des mesures prises vis-à-vis de l'obésité des enfants. La vieillesse subit le même traitement. Mais alors pourquoi tant d'attention prêtée à cette classe d'âge ? Ce n'est certes pas par pure philanthropie que l'Etat agit en leur faveur. Encore une fois j'y reviens, mais le siècle des Lumières avec leurs philanthropes humanistes nous a causé beaucoup de tort. C'était au nom de l'humanisme qu'au XVIIème siècle on enfermait fous, vagabonds, homosexuels, malades dans un même endroit... Aujourd'hui on enferme des vieux et l'on fait tout pour qu'ils vivent le plus longtemps possible. Si l'Etat opère ainsi c'est qu'il y a nécessairement un intérêt à cela. Car le capitalisme, tel que l'ont décrit Luc Boltanski et Eve Chiapello dans leur livre Le Nouvel esprit du capitalisme, ne cesse de se transformer, de s'adapter, de se mouvoir au fil des siècles. Par exemple depuis la Révolution Industrielle, expliquent les deux auteurs, nous avons assisté à 3 mutations majeures du capitalisme. Aujourd'hui pour continuer à se développer, les auteurs ont mis avant la capacité du système capitaliste à endogénéiser la critique qu'on peut lui faire, à l'absorber pour en faire son allié. A titre d'exemple on pourrait citer McDonald's qui décide de se battre contre l'obésité ou encore (info récente et qui m'a abasourdie un peu) Kronenbourg qui allait décider de combattre l'alcool au volant en distribuant gratuitement aux péages leurs nouvelles bières. Comment dès lors leur reprocher ces nobles luttes ? Si ce n'est qu'elles peuvent cacher d'autres buts moins respectables. Les agissements de nos chers politiques perchés dans leur tour d'ivoire relèvent en quelque sorte de cette logique notamment s'agissant du souci qu'ils semblent porter aux doyens de notre société.

Ce détour effectué sur la méfiance et les réserves que l'on peut avoir sur les excès philanthropiques de nos contemporains, il faut néanmoins revenir à la question posée plus haut. Pourquoi tant de soin apporté aux personnes âgées ? Pour une raison fort simple : la valeur travail. Le travail ne redistribue pas uniquement les pauvres et les riches mais également les malades et les biens portants, les jeunes et les vieux, etc. Comme je l'avais écrit dans un précédent article le capitalisme a crée la valeur travail, et cette valeur est devenue une sorte de référent autour duquel se répartissait une sorte de norme. Entrons un peu plus en profondeur (oh oui !!!). La canicule a eu lieu en 2003. Un an plus tard nous connaissions la réforme des retraites qui rallongeait de quelques annuités notre période de travail. Cette réforme devait être préparée depuis quelques années déjà. Le gouvernement avait donc tout prévu. Comment dès lors légitimer cette réforme ? Simplement en la faisant reposer sur les personnes âgées. Ce que je veux dire c'est que si l'on prête autant d'intérêt aux anciens, si on les fait tenir en vie aussi longtemps maintenant, devenant ainsi de plus en plus nombreux, c'est pour les faire jouer comme une sorte de contrepoint, de contrainte sur les travailleurs. Si l'on ne travaille plus, on les prive de leur retraite, et les priver de leur retraite, c'est les pousser directement dans la tombe. Inacceptable car d'une politique de la vie (biopolitique), on passerait à une sorte de politique de la mort (thanatopolitique). C'est bien pourquoi, je pense, que le gouvernement a autant de réticences à légiférer sur l'euthanasie. Cela serait totalement contraire aux idéaux de départ. Alors veillons bien sur nos chers vieux, gardons-les le plus longtemps possible, accumulons les grabataires, entassons-les n'importe où. Bref rendons-les utiles, et la valeur travail sera ainsi sauvée... Voilà ce que, grosso merdo, l'on peut lire en substance dans les soubassements de la politique actuelle. Etonnant, non ?! (big up à Monsieur Cyclopède...)


Morceau du jour : Portishead - Undenied
# Posté le lundi 26 juin 2006 05:34
Modifié le lundi 23 juillet 2007 10:59

Le talon : un pense-bête

Le talon : un pense-bête
L'autre jour, en sortant du métro, alors que je me rendais à mon partiel de philosophie politique, je me suis retrouvé nez à nez face à l'arrière-train d'une demoiselle. Très beau. Vous savez ce genre de fesses qui vous rappellent que chaque jour, dans le monde, des enfants meurent de faim, et que, sur le moment, tu t'en fous complètement ! (Dubosc powaaa). Bref j'ai décidé de la suivre. Voir ses deux jolies fesses se dodeliner au rythme de ses pas me plongeait dans un état de bonheur manifeste. J'ai donc ralenti, et marché tout le long avec en point de mire son joli fessier. C'était un peu une manière de se faire plaisir avant la terrible épreuve de partiel qui m'attendait (je suis même arrivé un peu en retard à cause de ça...).

Mais durant le chemin parcouru derrière la jolie demoiselle, il y a une autre chose qui a retenu mon attention. Il s'agissait de ses chaussures à talons. En effet j'ai été stupéfait par la façon dont cet objet qui fait partie du quotidien de beaucoup de femmes possédait un lien quasi organique avec le corps de celles-ci. La fille que je suivais, alors qu'elle discutait avec sa copine, arrive à un passage où le sol est recouvert d'une grille. Et là, soudainement, elle s'est mise sur la pointe des pieds pour éviter que ses fins talons ne tombent dans les trous de la grille. J'ai particulièrement apprécié cette présence d'esprit dont elle a fait preuve alors qu'elle semblait complètement plonger avec intérêt dans la discussion. Il y avait quelque chose de profondément touchant dans ce comportement, cette manière de ne pas oublier que je suis une femme, garder une certaine d'allure. Mais il y a dans le même temps une forme d'inquiétude qui en résulte. Le talon induit une certaine manière de marcher, il impose au corps de la femme une posture à adopter, il limite certains gestes et rend d'autres impossible à effectuer. C'est en cela que j'affirmais qu'il est comme un appendice du corps féminin, il est devenu un supplément corporel, comme le prolongement de l'articulation physique. Au fond le talon serait un peu comme la jupe que Pierre Bourdieu avait décrit comme une sorte de pense-bête. « C'est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes... » disait le sociologue. Peut-être faudrait-il replacer cet aspect de notre quotidien dans une histoire politique des corps telle que l'avait entrepris Michel Foucault dans Surveiller et punir, même si celui-ci avait un tout autre but avec cet ouvrage. Alors le talon c'est effectivement très beau à voir mais il est aussi une forme de marquage social, sexuel et corporel. Il dresse le corps d'une certaine manière (il faudrait faire une généalogie de l'apparition de la chaussure à talon dans notre histoire...). Les filles, je m'adresse à vous directement, essayez de changer, de varier les plaisirs du pied. Les beaux jours arrivent, et je vois des tongs, des claquettes (ou le string des pieds si vous préférez...) orner vos pieds. Ca change et c'est tant mieux...


Morceau du jour : Jim Noir - Eanie Meany
# Posté le dimanche 18 juin 2006 07:00
Modifié le lundi 23 juillet 2007 16:21

Like a sex machine... Pathologie sexuelle ?

Like a sex machine... Pathologie sexuelle ?
Le sexe ou plutôt la sexualité est un domaine qui m'intéresse grandement. Ma thèse portera probablement sur un thème de ce type (mais rien n'est encore sûr). Ce qui m'a toujours fasciné c'est comment nous en sommes venus à dire qu'il y avait des déviances en matière sexuelle. La déviance, les marginaux sont le point d'ancrage de ma réflexion. La déviance en matière mental avec les fous, en matière sociale avec les délinquants (considérez les personnes partant de la Grande Instance jusqu'aux Assises), en matière biologique peut-on dire même avec les personnes âgées. Et donc en matière sexuelle. Je vous rappelle que la suppression de la discrimination entre actes homosexuels et hétérosexuels date de Juin 1978. Inversement, l'inceste est, à la fin du XIXème siècle, un sujet totalement ignoré par les sciences sociales. Nous ne trouvons aucune littérature sur le problème (mais peut-on parler de problème ?). Il faut attendre le début du Xxième siècle pour que ce thème soit exploré et en venir là où nous savons. On peut également citer la campagne d'interdiction de masturbation infantile durant le règne de Napoléon, il y a donc grosso modo 150 ans. Bref ces exemples montrent l'étrange évolution de nos normes en matière sexuelle. Ici je voudrais évoquer la nymphomanie. D'ailleurs nous ne parlons plus de nymphomanie mais d'hypersexualité. Ce nouveau concept n'est rien d'autre qu'un simple avatar de plus. A la base le mot nymphomanie est destiné aux femmes, pour les hommes on utilisait le terme de satyriasisme. Rien que cette séparation comportait déjà quelque chose de suspect. Avec l'hypersexualité, au moins, on est sûr de ne froisser personne. Tout le monde est logé à la même enseigne, et on évite les stigmatisations trop faciles. La science médicale s'est au moins rendu compte de cela, et avait compris qu'elle ne pouvait plus pensé de la sorte.

La médecine, cette vaste fumisterie, c'est elle qui nous dit qui va bien, qui ne va pas bien. C'est elle qui décide qui est normal, qui n'est pas normal. Les travaux de Georges Canguilhem nous permettent de comprendre que la définition du normal et du pathologique change selon le contexte social, politique, économique, culturel de l'époque. Il en va donc de la nymphomanie (j'entends sous le terme nymphomanie l'hyperactivité sexuelle autant chez l'homme que chez la femme). Aujourd'hui nous trouvons des centres de désintoxication pour les alcooliques, les camés, mais aussi des centres de rééducation pour jeunes délinquants, des asiles pour les fous, des maisons de retraites pour les vieux... Bref toute forme de déviance va trouver une réponse dans l'enfermement de l'individu concerné. La guérison passera par un internement. On pense que les fous seront mieux enfermés, tout comme les drogués, etc. Bref là n'est pas mon but car ce dont je veux vous parler c'est qu'il existe des centres pour lutter contre l'addiction au sexe. Autrement dit l'hyperactivité en matière sexuelle est devenue une sorte de maladie que l'enfermement permettra de résoudre. Il y a par la suite un traitement à suivre à l'instar de personnes internées en hôpital psychiatrique. Personnellement je trouve ça misérable. Cette excès de médicalisation réduit de plus en plus la notion de normalité. Et quelqu'un qui aurait le malheur de prendre du bon temps avec sa copine, ou son copain serait considéré comme anormal ! Mais au-delà de combien de rapports peut-ton parler de maladie ? Là est le problème. Les médecins émettent des hypothèses. L'individu devrait avoir un certain nombre moyen de rapports par année mais au-delà de ce seuil, il peut être considéré comme déviant. La libido traverserait l'histoire, comme ça...

Mais en quoi la pratique fréquente de parties de plaisir est-elle dangereuse pour notre santé ? Je pense qu'il faut se pencher sur l'½uvre de Marcuse malgré ses faiblesses manifestes (son héritage freudo-marxiste doit y être pour quelque chose...). La première faiblesse tient au fait que la libido n'est pas quelque chose d'abstrait. Son fonctionnement interagit avec le socius. Deuxièmement fonder la société sur des critères de pur plaisir reviendrait à remplacer un nouveau dogme par un autre (il faut en effet désacraliser le sexe mais là j'y reviendrais probablement). Passé cela nous pouvons maintenant aborder l'½uvre du penseur allemand, notamment sur son livre Eros et Civilisation. Evitons le bla-bla que Marcuse reprend à Freud. Marcuse explique que notre civilisation dont le socle repose sur l'avènement du capitalisme a permis la création de la case travail. Je veux dire par là que le travail en tant que fonction dans la matrice occidentale n'existait pas avant le capitalisme. Le travail est une invention du système capitaliste. Selon Marcuse (à vrai dire j'ai des doutes sur ça...) l'énergie libidinale va être détournée dans le travail lors de l'industrialisation de notre monde. Ce mouvement est nécessaire pour que la société tienne sinon elle s'effondre. C'est le principe de réalité. Pour Freud (et je ne suis absolument pas d'accord) plaisir et réalité sont irréconciliables, il faut donc les séparer. Du principe de plaisir on passe à un principe de réalité donc. Marcuse appelle cela transsubstantiation. Ce passage de l'un à l'autre représente une forme de socialisation, d'apprentissage de la raison (de la rationalisation de nos conduites surtout !). Le contrôle social passe par le travail. Maintenant je m'écarte un peu des thèses marcusiennes pour m'atteler aux miennes (avec toute l'humilité qui me caractérise bien entendu). Si l'on pathologise des comportements sexuels (mais la raison que j'avance me paraît insuffisante, disons qu'elle constitue une partie de la réalité...) comme la nymphomanie c'est parce que justement ces personnes là se sont soustraites au principe de réalité qui nous oblige à travailler. Je préfère prendre du plaisir d'abord. Or le capitalisme tel que nous le vivons actuellement nous assène : « Travaille d'abord, tu t'amuseras après ! ». Ce plaisir que l'on prend est contraire à l'axiomatique capitaliste. Si je prends du plaisir, je m'éloigne de la morale du travail. C'est pourquoi je dois me guérir de cette terrible maladie qu'est la prise de plaisir aux dépens de l'investissement forcené dans le dur labeur. Si je suis malade, je ne peux pas travailler. Foucault, sans l'avoir réellement vu, avait bien montré que la médicalisation de la folie était apparue pendant la Révolution industrielle, les fous étant incapables de travailler, il fallait bien en faire quelque chose, alors on a décidé de les guérir, autrement dit de leur rendre leur raison qui n'est rien d'autre que le travail aujourd'hui. Ce discours-là nous l'entendons partout aujourd'hui, le Medef bien sûr, les politiques évidemment. En guise de petite conclusion j'avancerai une chose (c'est une thèse que j'essaierai de défendre plus tard dans mes travaux de chercheurs, si je le suis un jour bien sûr...) : le travail est le concept qui désigne les anormalités, les déviances. A partir du moment où je ne peux pas travailler, je suis considéré comme marginal. Les fous, les délinquants auxquels on apprend un métier pour leur donner avant tout une morale (on pensait et on pense toujours que les gens sont délinquants parce qu'ils n'ont pas de travail, pure connerie...), les personnes âgées qui partent en retraite, etc. L'histoire et l'anthropologie peuvent nous permettre de s'éloigner de l'universalisme dans lequel nous pataugeons depuis les Lumières disons. C'est pourquoi je me consacrerai plus tard à une sorte de sociologie historico-anthropologique. Avouez que c'est stimulant ! Le plaisir c'est ça aussi.


Morceau du jour : Klub des Loosers - Perspectives (sur un sample du In my life des Beatles, c'est monstrueux...)
# Posté le samedi 20 mai 2006 06:08
Modifié le lundi 23 juillet 2007 16:20